vendredi 9 juin 2017

Mélodie pour un tueur & Driller Killer




Avant de finir malfrat pathétique comme son père ou au mieux interné en psychiatrie comme sa mère, Jimmy Fingers (Harvey Keitel) se jète corps et âmes dans la musique, et principalement dans l'interprétation frénétique et obsessionnelle de la toccata de J.S Bach, car il le sent, la clé se trouve ici. (Bon, Harvey Keitel n'est pas vraiment crédible derrière son piano, mais, cela n'enlève rien dans le reste de son interprétation, ni même au film, car l'important est ailleurs. Nous sommes en plein cœur de la décomposition urbaine qu'est devenu le New York des années 70, repère de junkies, de truands, de putes et par conséquent, de proxénètes.) 


La dépression économique, les émeutes raciales, et le blackout de 1977 ont donné des allures de chaos post-apocalyptique au Bronx, à Brooklyn ou bien Manhattan, ce qui fut, pour quelques talentueux écrivains et cinéastes (Le Démon d'Hubert Selby, Blue Collar de Paul Schrader... ), un véritable terreau créatif, et au delà même de leur fonction artistique, ces films sont de véritables documentaires, le carbone 14 d'une époque, et les garants d'une musique de qualité, ce qui ne gâche rien.


Jimmy devra faire le mal pour éviter de faire le pire, et dans une douleur intense comme s'il s'accouchait de lui-même, viendra sa délivrance, sa résurrection, c'est magnifique ! Mélodie pour un tueur de James Toback est un bijou, et il n'était pas nécessaire d'en faire un remake qui passe à côté de l'essence même du film, et encore moins avec un titre aussi pourri : De battre mon cœur s'est arrêté


••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••


Et parce qu'il est son exact alter ego, Driller Killer d'Abel Ferrara. Ici le pianiste n'est autre qu'un jeune peintre qui n'aspire qu'à la paix de l'humanité et la tranquillité. Alors le bruit, la misère tout ça, ça l'énerve. Pour cela il va céder à la tentation du mal, et accéder lui aussi à la délivrance suprême, une façon comme une autre de calmer ses tourments, et d'abréger la souffrance des autres. Mais de ce film, contrairement aux apparences avec ses images gores, sa musique punk, et les mœurs délurées de sa jeune compagne, émane une certaine quiétude et une grande poésie.


Récemment la cinémathèque de Toulouse à reçu Abel Ferrara à l'occasion d'une rétrospective de tous ses films. S'en est suivi un concert avec lui-même accompagné de ses musiciens et acteurs Joe Delia et Paul Hipp (qui va bientôt camper le rôle de Gene Vincent vous l'aurez lu ici)....


... et un presque effeuillage de sa dulcinée. Souriez, vous êtes filmés !